La terre ancestrale à l'île Perrot, Vaudreuil, Québec

Situation de la terre ancestrale à l’île Perrot
Les archives notariées nous ont permis de retracer la terre de Jean-Baptiste de Repentigny et de Marie-Anne Lalande dit Latreille sur le territoire de l’île Perrot, comté de Vaudreuil, Québec. Nous savions qu’il s’était établi sur l’île Perrot depuis longtemps, mais nous n’avions pas retrouvé de contrat de concession pour sa terre, et pour cause, il n’en n’avait pas. Probablement suite à une entente verbale avec la seigneuresse du temps, Françoise Trottier Desruisseaux, il avait défriché une terre et construit une maison et une grange.

Après le décès de son époux, le 19 mai 1762, Marie-Anne Lalande dit Latreille. demande au seigneur et propriétaire de l’île Perrot, Jean-Baptiste Leduc, de régulariser sa situation et de lui concéder officiellement la terre. Cet acte est déposé au greffe de Thomas Vuatier, # 598, microfilm 4M00-6756A. En voici un extrait conforme:

    « … Une Conon de trois arps de frond de terre sur vingt arps de profondeur sise et situé En la Seigrie de L’isle pereau tenant d’un Bout par devant a la riviere de Cataracoui et d’autre Bout par derriere a thomas leduc joignant d’un Cotté a joseph poirié dt Laffleure et d’autre Cotté audt thomas leduc avec toute la terre labourable désert et Batiment qu’a fait et construit sur ycelle le dt défunt Jean Bte d’arpentignié qui en a Jouit sans titres depuis longtemp jusqua Ce jour … ».

Cette concession de trois arpents de terre de front sur vingt de profondeur se situe sur la pointe Fortier actuelle, à peu de distance (1,5 arpents) à l’ouest de l’église de Sainte-Jeanne-de-Chantal. Au mois de mai 1762, cette terre tenait par devant à la rivière Cataracoui (Saint-Laurent), par derrière et d’un côté à la terre de Thomas Leduc, et d’autre côté à Joseph Poirier dit Lafleur. Malheureusement, nous ne pouvons pas savoir si la terre de Thomas Leduc se situe à l’est ou à l’ouest de la terre ancestrale. Afin d’en savoir plus, il nous faut retrouver la concession faite à Thomas Leduc et connaître ainsi ses voisins immédiats.

Heureusement, nous avons retrouvé une concession à Thomas Leduc contemporaine de celle accordée à Marie-Anne Lalande dit Latreille, veuve de Jean-Baptiste de Repentigny. Cette concession fut accordée à Thomas Leduc, par son frère, seigneur et propriétaire de l’île Perrot, Jean-Baptiste Leduc, le 10 juin 1762 (Greffe de Thomas Vuatier, # 605, microfilm 4M00-6756A. En voci un extrait adapté à l’écriture d’aujourd’hui :

    Concession d’une terre par Jean-Baptiste Leduc, seigneur et propriétaire de l’île Perrot, à Thomas Leduc (son frère), de un arpent et demi de terre de front sur vingt arpents de profondeur et au bout des dits vingt arpents en profondeur une continuation de soixante arpents en superficie qui sont aussi la continuation des nommés Jean Baptiste Lalonde, Pierre Monpetit fils, de Joseph Poirier dit Lafleur et de la veuve et héritiers de feu Jean Baptiste D’Arpentigny lesquels vont terminant à la terre de Pierre Poirier et forme une figure irrégulière en outre un restant de terre non mesuré joignant les dits soixante arpents en superficie en ci-dessus et qu’il se trouve être les continuations des habitants … /…/, tenant d’un bout sur le devant à la rivière Cararacoui et d’autre bout par derrière le dit arpent et demi à la côte Saint-Joseph, joignant le dit arpent et demi de front d’un côté aux terres destinées pour l’église et d’autre côté à la veuve et héritiers de feu Darpentignie et la dite continuation joint d’un côté à Joseph Poirier et d’autre côté à Étienne Chenier, toute la dite continuation réunie ensemble fait quatre vingt dix arpents de terre en superficie et reste de terre non mesuré … /…/.

Partage, cessions de parts et donation entre vifs de la terre ancestrale
La terre ancestrale sera partagée en deux parties, une moitié pour Marie-Anne Lalande-Latreille et l’autre moitié, aux enfants, au mois d’octobre 1762. Les enfants cèderont leurs parts d’héritage de la terre ancestrale à leur soeur, Gabrielle-Rose et son époux, Louis Saint-Michel :

    1764, 1er octobre (Greffe de ThomasVuatier # 759, ANQ, 4M00-6757A)
    Cession de leur parts d’héritage des enfants de feu Jean-Baptiste Darpentigny de quatre parts et portions de terre à Louis St-Michel et Marie Rose Darpentigny, leur beau-frère et sœur.

    « … quatre part et portion de terre a prendre dans la totalité d’une conon de trois arpt de frond sut vingt arpt de porofondr scise et siuté en la seigneurie de ladte ilse pereau tenant d’un bout sur le devant a la riviere de Cataracoui d’un Cotté et par derriere a thomas leduc joignant d’autre Cotté a joseph poirié dt lafleure avec toute la terre labourable desert Batimens ferdoche et Bois debout qui sont sur lesdtes part et portion  de terre que les Cedants ont declarer au vrai comme n’étant point divisé ny partagé dans une arpt et demy de ladte terre appartenant a marianne Lalande leur mere Circonstances et dépendces et ainsy que le tout se poursuit et comporte et Estant de toute part que lesdts cessionnaire on dt Bien scavoir et connaître pour en estre en pocession et Estre heritiers de pareille part et portion de la dte terre dans lisle pereau … ».

Le même jour, Marie-Anne Lalande-Latreille, cède aussi sa part d’héritage à Gabrielle-Rose et son époux, Louis-Saint-Michel :

    1764, 1er octobre (Greffe de Vuatier # 758, ANQ, 4M00-6757A)
    Cession de d’une partie de leur héritage de la terre paternelle par Marie Anne Lalande et en présence des enfants de feu Jean-Baptiste Darpentigny à Louis St Michel et Marie Rose Darpentigny, leur beau-frère et sœur.

    « … cede quitte donne abandonne et delaisse un arpt et demy de terre de frond sur laquel Elle reside En lisle pereau avec tous les Bastiments qui peuvent Estre construit sur y celuy et avec sa profondeur de vingt arpt et Ce en faveur de Louis St michel et marie rose darpentignié Leur Beau frere et sœur … ».

Enfin, le même jour, Marie-Anne Lalande-Latreille fait une donation entre vifs à Gabrielle-Rose, sa fille, et à son gendre, Louis Saint-Michel :

    1764, 1er octobre (Greffe de Thomas Vuatier, # 760, ANQ, 4M00-6757A)
    Donation entre vifs de Marie Anne Lalande à Louis St Michel et Marie Rose Darpentigny, ses gendre et fille de l’île Perrot.

    « … une arpent et demy de terre de frond sur vingt arpt de profondeur scise et situé en la seigneurie de lisle pereau tenant d’un bout sur le devant a la riviere de cataracoui dun cotté et par derriere a thomas leduc joignant dautre cotté aux dts donnataire a un jardin et petit verger neuf arpt ou environ de terre en superficie labourable et le reste en ferdoche et bois debout joignant une petite maison de piece sur piece couverte décorces et une vieille grange pour tous batimens sur ycelle circonstances et dependce …».

Cette donation, nous fait connaître les immeubles et cultures situés sur la terre ancestrale, bien peu de choses en fait :

    1. Une petite maison de pièces sur pièces, au toît recouvert d’écorces.
    2. Une vieille grange.
    3. Un jardin.
    4. Un petit verger.
    5. Neuf arpents de terre labourées ou labourables.

La terre ancestrale, 4 novembre 1788
Le 4 novembre 1788, Simon de Repentigny, fils de Jean-Baptiste de Repentigny et de Marie-Anne Lalande-Latreille passe un contrat d’échange de terre avec le sieur Barthélemy Janisse, marchand, devant le notaire Joseph Gabrion (# 4388). Il échange alors une partie de la terre ancestrale en retour d’une partie de terre au sud du chemin du Roy, que le sieur Janisse avait obtenu par garantie d’un prêt octroyé à la soeur de Simon, Gabrielle-Rose de Repentigny, veuve de Louis-Saint-Michel. Ce lopin de terre est joignant à l’emplacement occupé par Thomas Leduc près de l’église et d’autre à l’emplacement de la veuve Saint-Michel. Le terrain cédé par Simon de Repentigny est joignant par derrière à Thomas Leduc, d’un côté, en partie à Thomas Leduc et au sieur Janisse, d’autre côté et en partie aux terres ci-dessus cédées. En faveur de Gabrielle-Rose, nommée Marie-Rose à l’acte, en jouissance viagère, un emplacement qui sera pris par elle sur la devanture de ladite terre, tenant d’un bout au chemin du Roy et d’autre à la côte qui descend à la rivière Cataracoui (St-Laurent).

Communication de Mme Lise Chartier
La situation exacte de la terre de Jean-Baptiste Darpentigny (de Repentigny) et de Marie-Anne Lalande dite Latreille nous a été transmise par Mme Lise Chartier et, avec sa permission, nous reproduisons ici la description :

    “ Je puis maintenant vous dire que celle-ci était à l’est de celle de Thomas Leduc, cette dernière terre mesurait 1 arpent et demi de largeur et se situait  immédiatement à l’est du terrain actuel de l’église Sainte-Jeanne-de-Chantal.

    Explication:

    Le lot où se situait l’église appartenait, en 1753, à Alexandre Boyer qui  l’avait acquis, par un échange, de Jacques Lalande Latreille en 1742 ( frère de  Marianne Lalande). à l’origine, ce lot mesurait 3 arpents de largeur. Lalande avait donc possédé 2 terres... l’autre était juste à côté, à l’est.

    Le seigneur Jean-Baptiste Leduc divise le lot de Boyer en 2 parties égales et il en donne la moitié à la Fabrique en 1753.

    Pour compenser Alexandre Boyer de cette réduction de son lot, il lui donne une partie à l’arrière (un lot en pointe de chemise- que Françoise Cuillerier avait donnée en 1743 à la Fabrique et qui jouxte le bout de la terre de Boyer, au nord).

    En 1755, Alexandre Boyer vend ce lot étriqué à Thomas Leduc qui, au début  du Régime anglais, se le fait concéder par son frère, le seigneur Jean-Baptiste  Leduc, en 1762.

    Thomas Leduc se voit contraint de vendre le lot au marchand Barthélémy Janisse en 1782.

    Il y aura échange, comme vous le savez, entre Janisse et Simon Darpentigny,  fils de Jean-Baptiste...

    Pour sa part, Saint-Michel “a hérité” en 2 temps de sa belle-mère ( 1/4  directement de sa belle-mère, en 1764, et 3/4 de ses beaux-frères et  belles-soeurs, cession signée en 1764 mais rétroactive à 1761), mais il a eu des  problèmes d’argent. Janisse, était marchand et prêteur, il avançait de l’argent à plusieurs fermiers qui hypothéquaient leurs terres. Ce fut le cas pour un  grand nombre de cultivateurs de l’île, ainsi que pour des veuves qui bénéficiaient de “donations ou d’héritages” en terres mais n’avaient pas de  liquidités pour assurer leur subsistance. Par un échange avec Janisse Simon  Darpentigny va reprendre un petit lot non mesuré, à proximité de Thomas Leduc  qui a lui aussi conservé un petit lot  près de l’église.. C’est de cette façon que le noyau villageois a commencé. Un peu plus loin que les Darpentigny,  on trouvera le forgeron Péladeau...”

Publication récente au sujet de l’Ïle Perrot :
Chartier, Lise. 2009. L’île Perrot. 1672-1765. Éditions du Septentrion. Québec, Québec. ISBN 978-2-89448-587-3.
Référence connexe:
La Société d’histoire et de généalogie de l’Île Perrot (SHGIP).

 

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Information mise à jour le : 04/juin/2014