La légende du Chien d'Or

La légende du Chien d’Or

Situation
Dans la Haute-Ville de Québec, avant le tournant de la Côte de la Montagne, sur la rue du Fort, se trouve un monument dédié à Monseigneur de Laval, premier évêque de la Nouvelle-France. Derrière ce monument, au coin de la rue du passage (aujourd’hui Passage du Chien d’Or) qui conduit à l’escalier Louis-Baillairgé et de la rue du Fort, est situé l’ancien bureau de poste, aujourd’hui l’édifice Louis-Saint-Laurent. Sur le fronton d’un porche à colonnade est inséré le bas-relief du Chien d’Or, montrant un chien couché et rongeant un os. L’inscription suivante y est gravée :

Bas relief original du Chien d'Or

          Je suis un chien qui ronge lo
          En le rongeant je prend mon repos
          Un tems viendra qui nest pas venu
          Que je morderay qui maura mordu

Avant la construction de l’ancien bureau de poste, l’édifice Louis-Saint-Laurent actuel, se trouvait une construction spacieuse construite par Timothée Roussel vers 1688 sur un terrain qu’il avait acquis en 1673. La plaque du Chien d’Or était alors placée au-dessus de la porte de cette grande maison. Le chirurgien Roussel attaché à l’Hôtel-Dieu de Québec vers 1688, y mourut en 1700. Ses héritiers vendirent ensuite cette propriété en 1734 à Nicolas Jacquin dit Philibert.

Gravure de la plaque du Chien d'Or au-dessus de la porte de la résidence de Timothée Roussel en 1736« La maison était encore en excellent état en 1865, lors de la visite de Kirby. Au-dessus de la porte d'entrée, la dépassant sur la largeur, on voyait le bloc sculpté, mesurant en hauteur la moitié de sa largeur. C'était d'abord un encadrement à grand effet, taillé dans la pierre avec, au centre, l'image du chien doré, en bas-relief, sur une plaque de marbre formant carré oblong, dans le sens horizontal, comme pour permettre au chien de s'étendre tout à son aise. Du trottoir, les vers se lisaient sans difficulté. » (Préface du livre Le Chien d’Or, Benjamin Sulte, 1916, p. 19).

Édifice Louis-Saint-Laurent (Ancien bureau de poste), 3 rue Passage du Chien d'Or, Québec
Lors de la démolition de cet immeuble en 1869, la plaque fut conservée et placée sur le fronton d’un porche à colonnade du nouvel édifice construit à cet endroit, l’Hôtel des postes, inauguré en 1871.

La légende
Selon la légende, Philibert habitait cette maison avant 1736. À la suite d’une dispute futile au sujet d’un billet de logement avec l’aubergiste Philibert, Pierre-Jean-Baptiste-François-Xavier Le Gardeur de Repentigny, fils de Jean-Baptiste-René Le Gardeur de Repentigny et de Marie-Catherine Juchereau de Saint-Denys, porta un coup d’épée à l’aubergiste qui lui fut fatal. Le Gardeur de Repentigny, protégé pas ses amis, réussit à fuir le même jour pour se réfugier au Fort Saint-Frédéric. La légende raconte « …que la veuve, demeurée inconsolable de la mort de son mari, fit graver au-dessus de la porte de sa maison, rue Buade, l’effigie d’un chien rongeant son os, et élevant ses enfants dans la haine de l’assassin de leur père, en leur répétant chaque jour que, plus tard, lorsqu’ils seront grands, ils auraient le devoir de venger leur père. » (Charbonneau, R., 1986). Toujours selon cette légende, le fils de Philibert, alors âgé de 22 ans, parti à la recherche de l’assassin de son père et le retrouva aux Indes françaises, à Pondichéry. Il provoqua Le Gardeur de Repentigny en duel et le tua d’un coup d’épée. La vengeance était accomplie.

La réalité
C’est sur cette légende que l’auteur William Kirby a rédigé son roman « The Golden Dog », paru en 1884 et traduit plus tard par Pamphile Lemay, et paru sous le titre « Le Chien d’Or ». Plusieurs erreurs historiques et chronologiques émaillent le roman de Kirby. Par exemple, Philibert est décédé en 1748 et non en 1736. Aussi, Le Gardeur de Repentigny n’a pas été tué à Pondichéry, aux Indes françaises, puisqu’il commandait une compagnie sous Lévis en 1760. Autre chose, la maison du Chien d’Or fut construite par Timothée Roussel, chirurgien, vers 1688, et non par Philibert.

Il est vrai qu’une dispute a éclaté entre Nicolas Jacquin Philibert et Pierre-Jean-Baptiste-François-Xavier Le Gardeur de Repentigny au sujet d’un billet de logement, en face de la résidence de Philibert. Lorsque ce dernier a menacé Le Gardeur de Repentigny de sa canne de bourgeois, ce dernier a répliqué d’un coup d’épée, le blessant très sérieusement. Philibert mourut le lendemain, mais pardonna à Le Gardeur sur son lit de mort. Ce qui n’empêcha pas un procès par contumace contre lui. Selon l’ancienne loi française, l’accusé étant absent, le bourreau exécuta la sentence sur la place publique en tranchant la tête d’un mannequin représentant le coupable.

Voici le jugement rendu le 20 mars 1748, à la suite du meurtre de Nicolas Jacquin Philibert :

« …Nous avons déclaré la coutumance bien instruite contre ledit Monsieur le Gardeur de Repentigny, accusé; et adjugeant le profit d'ycelle, le déclarons dûement atteint et convaincu d'avoir homicidé ledit Nicolas Jacquin dit Philibert, pour réparation de quoy condamnions ledit de Repentigny, attendue sa qualité de gentilhomme, d'avoir la tête tranchée sur un échafault qui sera pour cet effet dressé en la place publique de la basse ville de Québec... » (Charbonneau, R., 1986).

Deux tantes de l’officier Le Gardeur de Repentigny payèrent à la veuve de Philibert la somme de 8 000 livres de dommages que lui avait accordé la Prévôté de Québec.

« M. Le Gardeur de Repentigny s’était réfugié au Fort Saint-Frédéric (sur la rive du lac Champlain), et c’est de là, que le 1er septembre 1748, il écrivait au ministre pour expliquer sa triste affaire et lui demander d’intercéder auprès du Roi en sa faveur ». (P.-G. Roy, 1946, p. 248).

« Une lettre de Madame Bégon, veuve d’un ancien gouverneur de Trois-Rivières, nous informe que M. Le Gardeur de Repentigny s’ennuyait au Fort Saint-Frédéric. Le 3 décembre 1748, elle écrivait à son gendre alors en Louisiane :

    « Il faut que je te dise une folie de Repentigny: tu sais l’affaire qu’il a sur le corps et que M. le général l’a envoyé au fort St-Frédéric. Il s’y est ennuyé et est allé à la Nouvelle-Angleterre attendre sans doute ce qui sera décidé à la Cour de son sort. Il écrit une lettre à Mater aussi impertinente que l’on en puisse voir sur le compte de M. le général. Il peut dire être bien mal récompensé des bontés qu’il a eues pour cet étourdi. Il est aisé de juger par cette lettre qu’il a plus de hauteur que d’esprit. Voilà, cher fils, tout ce que je sais. Adieu » (Rapport de l’Archiviste de la province de Québec, 1934-1935, p.12).

Au mois d’octobre 1749, les lettres de grâces de Sa Majesté arrivèrent au pays et furent enregistrées au Conseil Supérieur le 29 octobre 1749. Le Gardeur de Repentigny passa en France en 1760 et se distingua avec honneurs aux Indes françaises. Devenu brigadier général, il fut promu gouverneur du comptoir de Mahé, sur la côte de Malabar aux Indes, où il mourut le 26 mai 1776 et enterré le lendemain au cimetière Notre-Dame-des-Anges de Pondichéry. Indes françaises.

Conclusion
« Dans toute cette affaire de la mort du bourgeois Philibert, les sympathies des autorités allèrent plutôt du côté de l’officier Le Gardeur de Repentigny. Condamné à mort par contumace, M. Le Gardeur de Repentigny fut  cependant l’hôte du commandant du fort Saint-Frédéric. Il est également évident que le gouverneur de la colonie savait que le condamné était à Saint-Frédéric. Et M. de Lusignan, commandant du fort, ne fut nullement blâmé pour avoir reçu et gardé l’officier pendant que ses parents et amis faisaient des démarches pour obtenir sa grâce ». (P.-G. Roy, 1946, pp. 249-250).

(Texte en partie inspiré des pages Inernet de la légende du Chien d’Or, de Francis Bacon, http://membres.lycos.fr/beholder/legendeduchiendorindex.html, 21 février, 2002) et des références qui suivent.)

Vers composés par Benjamin Sulte à l’attention de William Kirby, 1872.

    Quand paraîtra votre Chien d'Or
    Je ne serai plus un jeune homme.
    Voilà longtemps qu'il mange et dort
    Et vous favorisez son somme.

    Que lui faut-il, mon cher ami ?
    Un coup de peigne à sa toilette.
    Ce chien-légende a trop dormi.
    Réveillez-le sous la vergette.

    Il est complet, votre roman.
    C'est un exposé très fidèle.
    Qu'a-t-il donc besoin d'ornement ?
    Sa trame est tout à fait réelle.

    Ah ! vous cherchez la vérité...
    Prenez celle qu'on imagine.
    On s'en est toujours contenté.
    Ce carlin n'a pas d'origine.

Références
Anonyme, 1870. Le Chien d’Or. Canadian Illustrated News, 13 août 1870, pp, 98. 101.

Couverture de l'édition française de 1971Beaudet, abbé Louis. 1975. Québec ses monuments anciens et modernes ou vade-mecum des citoyens et des touristes. Société historique de Québec, Cahier d’histoire, no 25.

Carte postale du Chien d’Or, Québec. Famous post cards thoughout the world. The Valentine and Sons Publishing Co., Montréal & Toronto.

Charbonneau, Ronald, 1986. Le chien fidèle et patient, source de légendes. Journal Le Soleil, dimanche, le 8 juin, 1986. Rubrique Pas si bête.

Duval, Monique. 1983. Découvrir Québec. Les Éditions La Liberté, Journal Le Soleil, pp. 38-40.William Kirby

Kirby, William, 1971. Le Chien d’Or. Les Éditions Garneau, Québec (Traduit de l’anglais par Pamphile Lemay, préface et notes historiques de Benjamin Sulte), 3e éd. (Édition parue pour la première fois en français en 1884, la seconde édition française en 1926, Librairie Garneau, Québec, et l’édition originale en anglais en 1877 sous « The Golden Dog ».

Roy, Pierre-Georges, 1914-1944. Les petites choses de notre histoire. Ici vol. 7, p. 109-110.

Roy, Pierre-Georges, 1946. Hommes et Choses du Fort Saint-Frédéric. Les Éditions des Dix, Montréal, Québec. pp. 247-250.

Léon-Pamphile Lemay. Site Internet de la famille Lemay, http://www.famille-lemay.com/pamphile2.htm.

Léon-Pamphile LemayMusée de la Civilisation du Québec. Collection Robert-H.-Allen. Collection d’artefacts (72) ayant pour thématique principale la légende  « Le Chien d’Or ». (http://mcq.org/objets/fichier_collections/p125.htm).

Projet Gutenberg. Edition The Golden Dog de William Kirby disponible en ligne sous forme de Texte accentué ou non, compressé ou non et téléchargeable. (http://digital.library.upenn.edu/webbin/gutbook/lookup?num=27 35).

Provost, Honorius, 1967. « Notes sur la pierre monumentale Le chien d’or ». Bulletin de recherches historiques, Lévis, vol. 69, no 4, pp. 149-150.

UQUAM. Gravures dans l’Histoire des Canadiens-Français de Benjamin Sulte. (http://www.er.uquam.ca/nobel/r14310/sulte/biblio.html). Nous y retrouvons aussi les versions anglaise et française numérisées téléchargeables du roman de William Kirby « Le Chien d’Or ».

Note
Selon Fernand Grenier, historien, la légende du Chien d’Or est beaucoup plus ancienne que la date de parution de la première édition du Chien d’Or en langue anglaise en 1877, puisqu’elle est attestée depuis au moins 1829 par Auguste-S. Soulard qui en a d’ailleurs publié une version assez élaborée en 1839, donc près de quarante ans avant Kirby.

Enfin, les ouvrages de Pierre-Georges Roy et de Benjamin Sulte ont été maintes fois corrigées sur plusieurs points de détail. Monsieur Fernand Grenier suggère, en particulier, les travaux de l’ethnologue Claude Dupont et des historiens Jean-Marie Lebel et Germaine Normand.

Pour sa part, Monsieur Grenier à consacré à la légende du Chien d’Or un chapitre dans son livre « De Ker-Is à Québec. Légendes de France et de Nouvelle-France » paru à Québec aux Éditions du Chien d’Or, et sur le même thème, « L’enseigne du Chien d’Or : interprétation, légende et état de la question » dans Entre Beauce et Acadie..., Québec, Presses de l’Université Laval, 2001, p. 446-458.

Source des photos et illustrations

  • Gravure de la plaque originale du Chien d’Or et son parement au-dessus de la porte de la demeure de Timothée Roussel, rue Buade : Kirby, 1926, préface du volume Le Chien d’Or, p. 18
  • Bas-relief original du Chien d’Or : http://www.ggl.ulaval.ca/ledoux/arret52a.hrml
  • Carte postale du Chien d’Or : Famous post cards thoughout the world. The Valentine and Sons Publishing Co., Montréal & Toronto, sur le site de Francis Bacon, Québec, Images et Légendes, http://membres.lycos.fr/beholder/LegendeDuChienDOorIndex.html
  • Hôtel des Postes, Édifice Louis-Saint-Laurent, 3 rue Passage du Chien-d’Or, Haute-Ville de Québec : http://www.ggl.ulaval.ca/ledoux/arret52a.hrml
  • Portrait de William Kirby : Anonyme, Portrait de William Kirby avec sa signature, publié dans Kirby, 1926, en préface. Gravures dans l’histoire des vanadiens-français de Benjamin Sulte, http://www.er.uquam.ca/nobel/r1430/sulte/renauddavenemeloizes.html
  • Portrait de Léon-Pamphile Lemay : site Internet de la famille Lemay http://www.famille-lemay.com/pamphile2.htm

Carte postale Le Chien d'Or


Utilisation du nom « Chien d’Or »
Championnat régional Le Chien d’Or. Compétition de voiliers (http://www.yatching.qc.ca).
Galerie Le Chien d’Or. 8, rue du Fort, Québec, Québec G1R 4M1.
Fins Cafés Le Chien d’Or, 625, Marais. Québec (Canada) G1M 2Y2

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Information mise à jour le : 04/juin/2014